PIERRE ALEXIS DUCLAUX

 

Enfant de Duravel, général de brigade et baron d'Empire...

 

 

 

 

1. Naissance à Duravel en 1775. Fils d’un notable de la commune.

 

Exactement vingt-neuf ans avant le sacre de Napoléon 1er, Pierre Alexis Duclaux naît à Duravel, le 2 décembre 1775. Cadet d’une famille de six enfants, il est le fils de Pierre Duclaux, juge royal à Duravel (1738-1817) et de Mariane Duclaux (1741-1806). Il vient au monde la même année que le plus célèbre des hussards, Antoine Charles Lasalle. Il épousera le 30 janvier 1808 à Paris Jeanne Marguerite Fages, fille de Etienne Charles Fages, homme de loi à Montpellier et de Marie Le Pic. Elle est aussi la nièce de Joseph Louis Le Pic qui est général de brigade et détient le rang de colonel-major dans les grenadiers à cheval de la Garde impériale au moment du mariage. Ils auront une fille Adèle Caroline Duclaux.

 

 

Si un modèle désigne l'archétype d'une ascension militaire rapide, les périodes du Consulat et du Premier Empire ont vu sourdre des carrières militaires fulgurantes et héroïques. Après les guerres de la Convention, le général Bonaparte, successivement général en chef pendant le Directoire, consul puis Empereur des Français a été le guide de ces paladins du début du XIXe et héritiers de la Révolution qui débutèrent bien souvent comme simples soldats. Ces hommes aux qualités militaires hors du commun formeront une caste d’officiers supérieurs, de généraux et de maréchaux dont la bravoure incomparable et incontestée sera récompensée de décorations dans l’ordre de la légion d’honneur et de titres de noblesse acquis sur les champs de bataille.

 

La plupart de ces valeureux soldats, sortes d’antrustions fidèles aux préceptes de la Révolution, émergent dans un contexte de victoires militaires napoléoniennes et de conquêtes territoriales en l’utilisant et le mettant au service de la réalisation de leurs propres destinées. Ils confirment ainsi ce que Napoléon affirme : « Ceux qui ne savent pas se servir des circonstances sont des niais »

 

Comme tant d'autres généraux, l'histoire de Pierre Alexis Duclaux se confond nécessairement avec celle du Consulat et de l'Empire. Son destin l'a conduit à côtoyer d'autres noms célèbres puisque certaines étapes de sa vie militaire ont été marquées par une proximité avec les plus grands chefs de cavalerie : Murat, Bessières et Lasalle. Ami du Maréchal Bessières de Prayssac, sur un plan plus personnel il avait la réputation d'être original et maniaque.

 

Soldats de l'an II à Jemmapes

2. Pendant la Convention1. S’enrôle dès 1794 comme simple soldat et cavalier dans les armées de la Révolution.

 

Son parcours militaire débute le 14 germinal an II (3 avril 1794) pendant la Convention, lors des campagnes de l’an II et III comme simple soldat au sein du 22e régiment des chasseurs à cheval à l’armée des Pyrénées orientales. Il n’est pas le seul volontaire du département à être incorporé dans ce régiment. Jean Baptiste Bessières de Prayssac, futur maréchal et duc d’Istrie, y est affecté jusqu’à sa mutation dans les Guides du général Bonaparte (de 1792 à 1795) et son frère Bertrand Bessières, futur général de brigade et baron d’empire y sert de 1792 à 1794.

 

1 De septembre 1792 au 26 octobre 1795

 

3. Sous le Directoire2. Sert au sein des Guides du général Bonaparte sous les ordres de Bessières lors des campagnes d’Italie et d’Égypte.

 

Durant le Directoire, il entame sa carrière de sous-officier. Quelques mois après le début de la campagne d’Italie3, il est nommé Maréchal des logis dans les Guides du général en chef Bonaparte, le 1er vendémiaire an V (22 septembre 1796). Pierre Alexis Duclaux accède ensuite à l’épaulette en étant promu sous-lieutenant, le 20 floréal an V (9 mai 1797).

 

La bataille de Rivoli

En Italie, le commandement de la compagnie des Guides du général en chef est alors confié au capitaine Jean Baptiste Bessières du 22e régiment de chasseurs à cheval. Cette compagnie se distingue pendant les batailles de Rivoli et de la Favorite.

Le rôle déterminant des Guides inspire Bonaparte qui s’adresse au Directoire en ces termes : « Je vous envoie, Citoyens Directeurs, onze drapeaux pris sur l’ennemi aux batailles de Rivoli et de la Favorite. Le citoyen Bessières, commandant des guides, qui les porte, est un officier distingué par sa bravoure et par l’honneur qu’il a de commander à une Compagnie de braves gens qui ont toujours vu fuir devant eux la cavalerie ennemie, et qui, par leur intrépidité, nous ont rendu, dans la campagne, des services très essentiels ». Quant au frère de Jean Baptiste Bessières, Bertrand, il entre dans les guides du général Bonaparte avec le grade de capitaine, le 3 juin 1797.

 

Jean Baptiste Bessières
La bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798

Pendant la campagne d’Égypte4, Pierre Alexis Duclaux accède au grade de lieutenant dans les Guides du général Bonaparte, le 5 fructidor an VI (22 août 1798), un mois après la bataille des Pyramides.

 

Le soir de cette bataille, le 21 juillet 1798, Bonaparte donna l’accolade à son « cavalier préféré » Lasalle et le nomma à 23 ans colonel du 22e régiment de chasseurs.

En outre, lors de la bataille d’Héliopolis remportée par Kleber alors commandant de l’armée d’Orient sur les Britanniques et les Ottomans, le 29 ventôse an VIII (20 mars 1800), Pierre Alexis Duclaux est blessé d’un coup de lance au pied gauche.

 
Antoine Charles Lasalle

 

Par ailleurs, il est opportun de rappeler que durant la campagne d’Égypte, les lettres passionnées de Lasalle à Joséphine Jeanne Marguerite d’Aiguillon, sa maîtresse après Loeben5, mariée au frère du futur maréchal Berthier, Léopold Berthier, furent saisies par la flotte anglaise et publiées dans une gazette. Cette affaire entraîna le divorce de Joséphine et Lasalle, colonel du 10e Hussards en garnison à Agen mais demeurant à Duravel, l’épousera le 5 décembre 1803 dans la salle du conseil municipal de Duravel devant le maire Alexis Duclaux-Laribe.

 


 2 Du 26 octobre 1795 au 9 novembre 1799

3 Du 24 mars 1796 au 7 avril 1797

4 Du 1 juillet 1798 (débarquement en Egypte) au 31 août 1801

5 Traité de paix préliminaire signé le 17 avril 1797. Il sera confirmé lors du traité de Campo Formio, le 17 octobre 1797.

 

Grenadiers à cheval avant la charge

4. Durant la période du Consulat6. Est admis dans les grenadiers de la Garde consulaire. Affecté au camp de Boulogne.

 

Le coup d’état du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) mit fin au Directoire jugé inefficace et corrompu et installa un pouvoir exécutif fort, le Consulat, dirigé par Bonaparte nommé Premier consul dans un premier temps puis Consul à vie en 1802. C’est pendant cette période que Pierre Alexis Duclaux est promu capitaine, le 12 germinal an IX (2 avril 1801). Il est admis ensuite dans les grenadiers à cheval de la Garde consulaire, le 2 octobre 1801. Enfin, il œuvre au camp de Boulogne créé en vue de planifier une invasion de l’Angleterre pendant les ans XII et XIII (1803-1805). Plus élevé dans la hiérarchie militaire, Jean Baptiste Bessières qui occupe la fonction de commandant en second de la Garde consulaire devient commandant en chef de la Garde consulaire, le 20 novembre 1801.


6 Du 9 novembre 1799 au 18 mai 1804

 

Napoléon 1er

5. A l’époque de l’Empire7. Participe aux campagnes de Prusse, Pologne, d’Espagne et d’Autriche. Prend le commandement du 11e régiment de cuirassiers. Décoré de la Légion d’honneur. Est nommé baron d’Empire.

 

Quelques mois avant le sacre de Napoléon (2 décembre 1804), Pierre Alexis Duclaux est fait Chevalier de la Légion d’honneur, le 25 prairial an XII (14 juin 1804).

Nommé chef d’escadron, le 18 fructidor an XIII (18 août 1805), il participe à la campagne de Prusse en 1806 considérée par certains historiens comme un chef d’œuvre en matière de tactique militaire (Iena, Auerstaedt) et celle plus meurtrière de Pologne en 1807 (Eylau, Friedland) qui aura pour conséquences la défaite de la 4e coalition et l’entrevue de Tilsit entre Napoléon et le Tsar Alexandre 1er.

Il reçoit la croix de la légion d'Honneur, le 14 mars 1806. Il prend part ensuite à la campagne d'Espagne en 1808.

 


7 Le 1er Empire est promulgué le 18 mai 1804

 

Les cuirassiers avant l'attaque

Promu colonel, le 1er juin 1809, il prend le commandement du 11e Régiment de Cuirassiers de la Garde impériale. Son cousin, le sous-lieutenant Pierre Alexis Duclaux originaire également de Duravel et futur maire de Monsempron Libos rejoint ce régiment, le 15 octobre 1809.

Pendant quatre ans à la tête de son régiment, Pierre Alexis Duclaux participe d'abord à la campagne de 1809 en Autriche (Eckmühl, Wagram) où il se distingue à Wagram.

 

Antoine Charles Lasalle

 

Durant les combats à Wagram, « l’enfant gâté de Bonaparte », le général de division Lasalle est mortellement touché d’une balle en plein front, le 7 juillet 1809. Quant au maréchal Bessières, il est contusionné par un boulet.

 

 

 

 

 

Armoiries du Baron Pierre Alexis Duclaux

Quelques jours plus tard, Pierre Alexis Duclaux participe également le 10 juillet à la bataille de Znaïm contre les forces autrichiennes de l’Archiduc Charles. Faisant suite à sa conduite exemplaire, Napoléon le fait baron d’Empire, le 21 novembre 1810.

La retraite de Russie

Pendant la campagne de Russie de 1812, son régiment est rattaché au 2e corps de réserve de cavalerie Montbrun sous les ordres de Murat. Il s’illustre lors de la prise de la redoute de la Moskova, le 7 septembre, ouvrant ainsi la route de Moscou. Puis ce sera le repli et les combats de la retraite de Russie.

Au cours du repli de la Grande Armée, la cavalerie est tellement démantelée qu’il est nécessaire de créer une unité spéciale chargée de la garde personnelle de Napoléon. Elle est composée de 4 compagnies de 150 hommes, uniquement d’officiers de cavalerie de tout grade, encore aptes à combattre et qui ont conservé leurs chevaux. Elle prend le nom « d’escadron sacré. ». Certains généraux occupent les grades de capitaine, lieutenant et sous-lieutenant alors que les colonels sont soit brigadier soit garde d’honneur. C’est ainsi qu’au sein de la 1er compagnie commandée par un capitaine (le général de division Saint Germain), le général de brigade Bertrand Bessières sert en tant que sous-lieutenant et le colonel Pierre Alexis Duclaux comme garde d’honneur.

 

Pendant la retraite de la Grande Armée, il est gravement blessé au nez à cause du froid. Il perd trois os de l’appendice nasal. En 1813, il est relevé à la tête du 11e régiment de cuirassiers par le colonel François Nicolas Lefebvre et devient général de brigade, le 3 septembre 1813. Probablement en raison de sa blessure, il ne participe pas à la deuxième campagne d’Allemagne en 1813 pendant laquelle le Maréchal Bessières est tué par un boulet à Rippach, le 1 mai 1813, la veille de la bataille de Lützen. Les soldats diront que sa perte affecta plus Napoléon qu’une bataille perdue. De même, Pierre Alexis Duclaux ne prend pas part à la campagne de France en 1814. En revanche, il demande à l’Empereur de lui confier le commandement du département des Forêts qu’il obtient le 6 décembre 1813. Cette prise de fonction intervient quelques semaines seulement après la défaite contre la 6e coalition à Leipzig (16-19 octobre 1813) et avant le début de la campagne de France. Dans sa tentative d’arrêter les coalisés d’envahir la France et malgré quelques victoires (Champaubert, Montmirail, Vauchamps), Napoléon abdique le 6 avril 18148.

 

8 Napoléon sera exilé sur l’île d’Elbe du 4 mai 1814 au 26 février 1815

 

 

Louis XVIII

6. Première Restauration. Est écarté du service actif.

 

Pendant la première restauration (avril 1814 - mars 1815) qui voit le retour de Louis XVIII, frère cadet de Louis XVI et par ailleurs comte de Provence, il est mis en demi solde, le 1 septembre 1814 et reçoit la croix de chevalier de Saint-Louis, le 27 novembre 1814.

Ralliement du 5e régiment d'infanterie à Napoléon, le 7 mars 1815 à Grenoble

7. Pendant les Cent Jours. Prend le commandement du département de la Meuse.

 

Au retour de Napoléon9, lors des Cent jours (20 mars 1815 - 18 juin 1815), ce dernier lui confie le commandement du département de la Meuse, le 22 avril 1815. Alors Maréchal de camp, il exerce son autorité sur les Gardes nationales de ce département.

 

9 « Le vol de l’aigle », expression consacrée au retour triomphant de Napoléon depuis le Golfe Juan à Paris dure du 1er mars au 20 mars 1815

 

8. Au cours de la deuxième Restauration des Bourbons, il est mis en non activité puis à la retraite. Décède à Paris en 1828.

 

Fidèle à l’Empereur, il s’illustre peu de temps après la deuxième abdication de Napoléon10 par la diffusion d’une proclamation datée du 27 juin 1815 ne cachant pas son ralliement au roi de Rome. Cette déclaration lui attire les foudres de quelques royalistes de la région et, en particulier, celles du maire de la ville de Verdun qui demande au Duc de Richelieu, président du conseil des ministres, la révocation de Pierre Alexis Duclaux. Par une décision du Ministère de la guerre il est remplacé trois mois et demi après sa nomination. Il est donc remis en non activité au second retour des Bourbons, le 10 août 1815. En 1816, il revient à Duravel puis s’installe à Cahors en 1817 où il demandera l’autorisation de fixer sa résidence à Chartres afin de bénéficier de meilleurs soins auprès d’un chirurgien réputé. Enfin, il est admis définitivement à la retraite, le 26 janvier 1825. Installé au 134 vieille rue du Temple à Paris à la fin de sa vie, il s’éteint le 18 août 1828.  Il sera inhumé à la Ferté-sous-Jouarre dans le département de Seine-et-Marne.

 

10 La deuxième abdication de Napoléon intervient le 22 juin 1815

 

La maison de Pierre Alexis Duclaux à Duravel
Tombe de Pierre Alexis Duclaux au cimetière de la Ferté-sous-Jouarre (77)

9. Épilogue.

 

Pierre Alexis Duclaux totalise 30 ans, 8 mois et 28 jours au service de la France de cette époque marquée par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Face à des armées coalisées hostiles, sur des champs de batailles meurtriers en Europe et en Égypte, il a fait campagne pendant plus de 14 années. Nommé général de brigade et fait baron d’Empire, il est élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur. Son histoire comme évoquée supra est une réussite militaire et sociale hors du commun née de la révolution et de l’Empire. Comme tant d’autres militaires de l’époque napoléonienne, il s’agrège dans une sorte de cohorte de personnages petits et grands dont il n’était pas question, en ces temps-là, d’atermoyer avec la gloire.

 

 

Philippe PLANTADE