Le siège de Duravel

La rupture du traité de Brétigny-Calais par Charles V, roi de France, (fin janvier 1369), avait relancé les hostilités franco-anglaises. Les capitaines des « routiers » avaient repris les « chevauchées » dans le Quercy réfractaire à la domination anglaise.

 

Duravel qui avait la réputation d’être une bourgade mal défendue, était devenu un objectif stratégique à l'entrée de la vallée du Lot, pouvant servir de base arrière pour envahir et soumettre les places fortes jusqu'à Cahors. Le roi Édouard III d'Angleterre avait décidé d'envoyer les troupes basées à Agen (début mars 1369). Celles-ci, composées de 500 hommes d'armes, 500 archers et 500 fantassins, étaient commandées par Robert Knolles auquel s'était rallié le redoutable Bertrucat d'Albret à la tête de sa compagnie de 300 hommes.

 

« Début mars 1369, 2 000 hommes font mouvement en direction de « Durviel ». Après avoir franchi un gué sur le Lot (peut être celui de Vire), ils se déploient autour de la cité pour l'assiéger. Des charpentiers érigent des tours d'assauts et les barbacanes subissent les premières attaques. Les jours passent sous de violentes pluies qui aggravent la situation. Les armes se couvrent de rouille, les hommes et les chevaux manquent de ravitaillement. Les escarmouches répétées n'atteignent pas les assiégés à l'abri des solides remparts. La garnison venue de Cahors, sous le commandement des chefs de compagnies restés fidèles au roi de France, Petit Meschin, Amanieu d'Ortigue, Perrot de Savoie, Jacques de Bray, Ernaudon de Pans, renforcée par les habitants, repousse les assiégeants qui piétinent devant les murailles ».

 

Quelques mois auparavant, renseigné sur l'imminence d'une attaque, Louis d'Anjou lieutenant en Languedoc et frère du Roi, avait sommé les paysans d'approvisionner la forteresse de Duravel et de dissimuler le reste pour leur propre consommation. Deux semaines avaient suffi pour que la disette fasse des ravages. Devant tant d'infortune, les assaillants avaient dépêché un émissaire pour chercher du renfort auprès de Jean Chandos, connétable d'Aquitaine, lieutenant général de tous les territoires aux mains de l'Angleterre, stationné à Montauban.

 

« Forte de 2 000 hommes, l'armée de Jean Chandos soumet au passage la ville de Moissac et arrive au pied des murailles de Duravel. La réputation de la bourgade mal protégée s'évanouit au premier regard. « Durviel » est bel et bien une forteresse, bien défendue par ses troupes et la vaillance de la population. Les 4 000 assiégeants multiplient les attaques, plusieurs fois par jour. Jean Froissart, chroniqueur de cette époque, rapporte que l'on fit usage, mais sans succès, « d'artillerie », récemment apparue dans les affrontements. Après cinq semaines de siège, aucune avancée notable n'est obtenue. Duravel ne cède pas. De guerre lasse, les deux capitaines Knolles et Chandos décident de lever le camp pour marcher sur Domme, une autre place forte qui domine la Dordogne. Nous sommes en avril 1369 ».

Il faudra attendre 86 années ! pour que les descendants des fidèles serviteurs de la couronne, soient enfin récompensés de leur allégeance. Une délégation menée par le comte de Clermont, gouverneur, envoyée par Charles VII, remis,* les armoiries quelle arbore aujourd'hui, aux notables de la ville : « De gueules, à une couronne fermée d'or, au chef d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or. »

 

* D’après l'ouvrage « les corps saints de Duravel » publié en 1895, cette récompense royale se serait déroulé le mardi de la pentecôte 1455.